Bruxelles signale une nouvelle impulsion pour rivaliser

Dans un Davos dominé par les discussions sur les tarifs douaniers, les subventions et les risques géopolitiques, l’Europe a utilisé la scène pour remettre en question ses propres limites économiques. Lors du Forum économique mondial, Ursula von der Leyen a émis l’un des signaux les plus clairs à ce jour, indiquant que l’Union européenne se prépare à un changement structurel dans la manière dont elle traite les entreprises, la compétitivité et le pouvoir économique.
La phrase qui est restée, « Europe Inc », n’est pas le nom d’un règlement, ni d’une nouvelle invention bruxelloise prête à être déployée. Il s’agit d’un cadre politique pour un changement que la Commission européenne souhaite accélérer.
Ce à quoi Europe Inc fait en réalité référence est une idée discutée depuis longtemps dans les cercles politiques de l’UE et maintenant mise sous les projecteurs : le soi-disant 28e régime. Un cadre d’entreprise facultatif à l’échelle de l’UE qui s’associerait aux systèmes nationaux et permettrait aux entreprises d’opérer dans tout le bloc sous une structure juridique unique.
Le problème qu’il est censé résoudre est réel et bien documenté. L’Europe dispose d’un marché unique en théorie, mais dans la pratique, les entreprises sont toujours confrontées à 27 lois sur les sociétés, processus d’enregistrement, exigences de capital et délais administratifs différents. Les startups s’intègrent dans un pays, puis peinent à se développer. Les scaleups se heurtent à des frictions juridiques. Beaucoup partent.
La réponse de la Commission est la simplification par la centralisation. Dans le cadre du 28e régime proposé, les entrepreneurs pourraient créer une seule fois une entreprise numériquement et utiliser cette structure dans toute l’UE. Une inscription, une forme juridique, un ensemble de règles. L’ambition présentée à Davos va plus loin : créer une entreprise en 48 heures, entièrement en ligne.
Ce chiffre compte. C’est également là que l’ambition politique risque d’être interprétée comme une réalité immédiate.
Le paramétrage de 48 heures n’est pas en vigueur. Il s’agit d’un objectif attaché à une proposition qui doit encore être formellement rédigée, négociée et approuvée à la fois par le Parlement européen et par les États membres. Rien dans la législation européenne actuelle ne le permet encore. Ce qui existe est une intention et non une mise en œuvre.
Von der Leyen a expliqué clairement pourquoi cette poussée se produit maintenant. Les conditions mondiales se sont durcies. Le commerce est de plus en plus militarisé. La politique industrielle est de retour, sans vergogne, aux États-Unis et en Chine.
Les chocs sur les chaînes d’approvisionnement et les crises énergétiques ont mis en évidence les vulnérabilités de l’Europe. Dans un tel environnement, la fragmentation réglementaire cesse d’être un problème technique et devient un problème stratégique.
Europe Inc, c’est Bruxelles qui admet que les règles à elles seules ne construisent pas le pouvoir. L’échelle oui. Un recalibrage politique est également en cours. L’UE s’est traditionnellement définie comme un régulateur d’abord, puis comme un façonneur de marché.
Le message de Davos suggère un changement d’orientation : la compétitivité, la mobilisation du capital et l’autonomie stratégique se rapprochent du centre de l’élaboration des politiques européennes.
Pourtant, des limites demeurent. Le 28e régime, tel qu’il est actuellement décrit, serait facultatif. Cela ne permettrait pas d’harmoniser la fiscalité du jour au lendemain. Le droit du travail, les règles d’insolvabilité et la politique sociale restent en grande partie du domaine national. Europe Inc coexisterait avec les systèmes nationaux, sans les remplacer.
Cette coexistence est à la fois sa force et son risque. Les cadres facultatifs peuvent attirer les entreprises à croissance rapide, mais ils peuvent également renforcer une Europe à deux vitesses s’ils ne sont pas soigneusement conçus. Cette tension n’est pas encore résolue.
Ce que Davos a révélé n’est pas une Europe finie, mais une Commission prête à dire ouvertement que le modèle économique européen, tel qu’il existe, est trop lent pour le monde dans lequel il opère. Que Europe Inc devienne un outil significatif ou une autre promesse non réalisée dépendra moins des slogans que de la législation, du compromis et du courage politique des 27 capitales.
Pour l’instant, Europe Inc est à comprendre comme un coup de semonce. L’Europe entend rivaliser en tant que bloc, et non en tant qu’ensemble de frontières administratives. L’horloge, comme l’a laissé entendre von der Leyen, est déjà en marche.
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